Le psychiatre, seul expert pour poser un diagnostic de santé mentale?

Dans le contexte du congédiement d’un salarié pour détournement de fonds, un syndicat a présenté une défense de jeu pathologique. Il a déposé un rapport d’un docteur en psychologie très reconnu dans le domaine, qui a maintes fois travaillé avec des patients atteints de jeu pathologique et qui a procédé à des études sérieuses et étoffées sur cette maladie.

Or, l’employeur s’est opposé à la reconnaissance de la qualité d’expert du psychologue. Selon lui, docteur ou pas, un psychologue n’est pas un médecin et, pour poser un diagnostic, un acte réservé à cette profession, il faut avoir prononcé le «serment d’Hippocrate», en plus d’avoir étudié la psychiatrie! Le fait que le jeu pathologique soit une maladie répertoriée dans le DSM-IV, c’est-à-dire le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, avec lequel travaille le psychologue, ne fait pas du docteur en psychologie un expert. Même l’omnipraticien ne saurait être reconnu comme étant un expert par le tribunal afin d’établir un tel diagnostic.

C’est ce que l’arbitre a retenu dans l’affaire Syndicat des employés des installations portuaires, section locale 1946, TCA et Rio Tinto Alcan inc., installations portuaires (Daniel Wellman) en se basant sur les dispositions légales applicables.

En effet, le jeu pathologique est une maladie mentale. Or, diagnostiquer les maladies fait partie des activités réservées aux médecins selon l’article 31 de la Loi médicale et les articles 31 à 34 du Code des professions (C.prof.). Les psychologues, quant à eux, peuvent faire des évaluations psychologiques, rédiger des rapports d’expertise psychologique et établir un «diagnostic psychologique» en vertu de l’article 37 e) C.prof. et de l’article 38 du Code de déontologie des psychologues, adopté en vertu de l’article 87 C.prof. Toutefois, ils ne sont pas autorisés à diagnostiquer des maladies psychiatriques. Seul un médecin psychiatre peut établir, à titre d’expert, un diagnostic de jeu pathologique et en témoigner devant un tribunal.

Par contre, l’arbitre a souligné que le psychologue retenu par le syndicat pourra tout de même témoigner à titre de «psychologue expert» afin de donner son opinion, par exemple, sur des tests pertinents qu’il aurait pu faire passer au plaignant.

Le syndicat devra donc refaire ses devoirs et, cette fois, déposer un rapport d’expert préparé par un psychiatre, engagement qu’il avait d’ailleurs pris en conférence préparatoire.

Référence

Syndicat des employés des installations portuaires, section locale 1946, TCA et Rio Tinto Alcan inc., installations portuaires (Daniel Wellman), (T.A., 2012-04-23), SOQUIJ AZ-50850462

Une pensée sur “Le psychiatre, seul expert pour poser un diagnostic de santé mentale?”

  1. danielle dit :

    Tout à faut d’accord. Maintenant plusieurs intervenants psycho- sociaux utilisent le DSM- IV, un outil (descriptions concrètes et minimes, « tip of the iceberg » pour décrire des pathologies psychiatriques, certainement pas une « bible », juste une des classifications des maladies) et posent des diagnostics psychiatriques sans fondement, tout à fait faux, ce qui fait paniquer certains patients qui les consultent, et dérailler les prises en charges et les traitements.

    C’est un véritable fléau. Le DSM-IV est sur internet, chez Renaud- Bray, et ma tante l’utiliserait mieux que certains. Des gens souffrant d’hypothyroïdie prenne un an avant que le diagnostic ne soit posé car un diagnostic de dépression majeure fut posé par un psychologue et on a traité « une dépression », des schizophrène paranoïdes se font mettre des diagnostics de trouble d’adaptation secondaire à du harcèlement au travail, etc. Plusieurs patients ont appris à dire « Dr » à leurs psychologues, même si ils n’ont qu’une maîtrise, et pensent que ces derniers peuvent poser des diagnostics médicaux (psychiatriques), suggérer des Rx, prescrire des arrêts de travail pour maladie psychiatrique (pour certains le font sur des certificats médicaux, tel que le décrit en entête) – la confusion est grande et le danger pour le public, présent et grand aussi. On peut s’auto proclamer experts en tout, de nos jours- on peut s’afficher comme expert sans vergogne et souvent sans conséquence négative, d’autant plus facile que notre ignorance est grande.
    Bon article !

    L’éthique vous intéresse ? Prochain sujet: les pharmaciens qui pourront, après un long lobbying, prescrire sous peu certains de  » leurs  »  médicaments à des patients sans faire d’examen physique ou clinique, qui donnent seulement aux mois les Rx à des patients alors que pas cliniquement nécessaire (pas de risque suicidaire, pas de risque avec le Rx), ce qui fait faire de l’argent aux pharmaciens propriétaires et en perdre aux clients-patients. Comment gérer le conflit d’intérêt des pharmaciens et protéger le public ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *