Médicaments et fausses factures : un travailleur pris la main dans le sac !

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Le contexte 

En 2014, alertée par les demandes de remboursement anormalement élevées du travailleur visant des frais de pharmacie, la CSST (la CNESST depuis le 1er janvier 2016) a effectué une enquête conformément aux dispositions de l’article 160 de la Loi sur les accidents du travail et les maladies professionnelles. Après avoir pris connaissance des conclusions du rapport d’enquête, la CNESST a informé le travailleur qu’il devait lui rembourser la somme de 48 176,71 $. Devant le refus de la révision administrative de modifier cette décision, le travailleur a contesté celle-ci devant le Tribunal administratif du travail (TAT).

La preuve 

Le TAT, dans Avigdor, a d’abord entendu le témoignage de l’enquêteur mandaté par la CNESST, lequel a déposé et commenté un volumineux rapport d’enquête composé de 97 annexes. Il a également recueilli le témoignage du syndic adjoint de l’Ordre des pharmaciens du Québec, lequel avait mené sa propre enquête sur la pharmacie impliquée dans le dossier. À partir de toute cette preuve, le TAT a tiré des conclusions accablantes pour le travailleur.

Dans un premier temps, il a conclu que toutes les réclamations de celui-ci pour des médicaments consommés avant la date de sa première inscription à titre de client auprès de la pharmacie en question s’appuyaient sur de fausses factures. Dans les faits, les médicaments dont le coût était réclamé par le travailleur n’avaient jamais été vendus par la pharmacie.

Dans un second temps, il a souligné que les quantités de médicaments apparemment fournies par la pharmacie au travailleur après son inscription en tant que client régulier ne pouvaient être réalistes, la pharmacie n’ayant jamais eu en sa possession de telles quantités.

Le TAT a également mentionné que, selon les vérifications effectuées auprès de Revenu Canada et dans les comptes bancaires du travailleur, celui-ci n’avait pas les ressources financières pour acquitter le coût des médicaments qu’il prétendait avoir achetés. Aucune transaction ne justifiait le paiement de ces médicaments.

De l’ensemble des documents déposés en preuve, il a conclu que les achats de médicaments présumés à la pharmacie ne coïncidaient aucunement avec le journal des recettes de l’entreprise.

Le TAT a également retenu des entrevues réalisées avec deux pharmaciens suppléants travaillant à la pharmacie en cause qu’il était impossible que de si fortes quantités de médicaments aient été vendues à un client. Pour l’un de ces médicaments, il était question de 4 320 comprimés, alors que la pharmacie n’en détenait pas autant et qu’on en vendait pas plus de 200 ou 300 à la fois.

Finalement, il a noté l’existence de nombreux appels entre le travailleur et le conjoint de la propriétaire de la pharmacie figurant à son cellulaire, ce qui paraissait «intriguant et fort troublant».

On était bel et bien devant une arnaque!

Devant une telle preuve, le TAT a déclaré que la CNESST était bien fondée à réclamer au travailleur le remboursement de 48 176,71 $.

Une pilule plutôt dure à avaler!

Le dossier n’est toutefois pas clos, le travailleur ayant déposé une demande de révision de la décision du TAT.

Références

Avigdor (T.A.T., 2018-01-04), 2018 QCTAT 36, SOQUIJ AZ-51456359, 2018EXPT-284

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