Depuis 1976, la Société québécoise d’information juridique (SOQUIJ) valorise la justice d’ici; mais de quoi, et surtout de qui parle-t-on? Entretien avec Me Frédérick Roussel, le directeur général d’Éducaloi, pour découvrir les acteurs et les actrices de notre État de droit. 

Quel rôle une organisation comme Éducaloi joue-t-elle pour les justiciables? 

«Le rôle que peut jouer une organisation comme Éducaloi, c’est vraiment de permettre à monsieur et madame Tout-le-monde de comprendre les règles du jeu, les règles de la société dans laquelle on est. La société est de plus en plus complexe, avec de plus en plus de règles. Éducaloi prend cette complexité-là, la brasse, la simplifie et la rend accessible aux personnes. 

Savoir, c’est pouvoir est la devise classique d’Éducaloi. Parce que si tu ne connais pas tes droits, tu ne peux pas les appliquer. Par exemple, si tu ne sais pas qu’il y a une limite à l’augmentation d’un loyer, tu n’as pas le pouvoir d’agir et de dire à ton propriétaire: non, tu ne peux augmenter mon loyer de tant parce qu’il y a des règles.»  

«La société est de plus en plus complexe, avec de plus en plus de règles. Éducaloi prend cette complexité-là, la brasse, la simplifie et la rend accessible aux personnes.» 

Qu’est-ce que l’éducation juridique? 

«L’éducation juridique, c’est prendre la matière première qu’est l’information juridique – la donnée, l’information de base que sont les lois, les jugements, etc., puis la traiter, la simplifier et la communiquer pour qu’elle soit facile à comprendre, facile d’accès et facile à utiliser.  

Il y a plusieurs façons de faire cette transformation. D’abord, en travaillant sur les textes: on écrit dans un langage clair et on utilise des illustrations toutes les fois où cela est pertinent – par exemple, être informé de la distance à respecter entre une clôture et une piscine, c’est bien; pouvoir le voir sous la forme d’un schéma, c’est mieux. Ensuite, on va utiliser tous les formats qui sont à notre disposition, comme la vidéo et la baladodiffusion. Enfin, on organise des ateliers d’éducation juridique: on se rend dans les classes pour éduquer sur ce qu’est le droit – c’est une des activités-phares de la Semaine de l’éducation juridique que nous organisons chaque année depuis plus de 6 ans maintenant.» 

Le mot de Frédérick Roussel pour définir SOQUIJ

Pouvez-vous m’en dire plus sur la Semaine de l’éducation juridique? 

«Même si les ateliers d’éducation juridique ont lieu à l’année, la Semaine de l’éducation juridique est un moment où l'on met de l’avant l’importance de l’éducation juridique. Chaque année, on organise à peu près 500 ateliers, avec environ 2 000 juristes qui vont donner du temps pour aller voir des jeunes et des moins jeunes afin de les former sur le droit.  

Les ateliers proposés vont beaucoup être utilisés dans le cadre du cours de «Culture et civilisation québécoises». Les professeurs reçoivent l’appui de juristes – tel qu’un juge de la Cour d’appel du Québec ou même le ministre de la Justice. Les ateliers peuvent aussi avoir lieu dans des organismes sans but lucratif et des bibliothèques.  

Avec cette initiative, on espère que les gens comprennent que le droit est accessible et important pour tout le monde, et aussi peut-être qu’ils se découvrent une vocation de juriste!» 

Qu’est-ce qu’Éducaloi observe en étant ainsi au contact de la population? 

«J’étais dans une classe de secondaire 4 avec un juge et ça m’a surpris de voir à quel point les références des jeunes étaient un mélange de droit français, américain et québécois. Ils demandaient, par exemple, qui était le président du Canada alors qu’il n’y en pas, contrairement en France ou aux États-Unis. 

Valoriser le droit québécois auprès de la population et l’informer sur les spécificités de notre système juridique devient encore plus important dans un contexte de mondialisation, où les références culturelles – et juridiques! – dépassent les frontières. En faisant cela, on se rappelle les choix qu’on a faits en tant que société et on aide les gens à s’intégrer et à évoluer harmonieusement les uns avec les autres.» 

«Valoriser le droit québécois auprès de la population et l’informer sur les spécificités de notre système juridique devient encore plus important dans un contexte de mondialisation.» 

Après 25 ans d’existence, Éducaloi est-il devenu un réflexe pour les Québécois et les Québécoises? 

«Pas assez. Je pense que de plus en plus de monde l’utilise – même si, selon les sondages Léger, Éducaloi est la référence pour comprendre le droit au Québec, il y a trop de gens encore qui ne savent pas où aller pour trouver l’information. Ils vont consulter différentes sources qui sont plus ou moins fiables. 

Un des avantages que nous avons est que nous sommes très bien indexés sur les outils de recherche, comme Google ou ChatGPT. Quelqu’un qui ne connaît pas Éducaloi va quand même trouver l’information. Les résultats de moteurs de recherche et les réponses que donne l’intelligence artificielle (IA) viennent souvent de notre site Web. 

Ce qu’on souhaite, évidemment, c’est que les gens aient le réflexe d’aller sur educaloi.qc.ca pour vérifier l’information à la source et éviter des hallucinations de l'IA ou des inexactitudes juridiques. On travaille très fort pour que l’information la plus fiable soit donnée aux gens, où qu’ils se trouvent.» 

En quoi SOQUIJ est-elle un soutien? 

«Sans SOQUIJ, Éducaloi ne serait pas ce qu'elle est aujourd'hui. Sa contribution financière à nos activités soutient quelques emplois par année et notre partenariat avec elle est important pour nous. 

SOQUIJ n'est pas juste un donateur pour Éducaloi. Elle a des sièges au conseil d'administration où elle participe à créer et à mettre en place les stratégies pour faire évoluer notre organisation.» 

«SOQUIJ joue un rôle central de prendre l’information, la colliger et la redistribuer pour qu’on puisse avoir une justice plus égale.» 

Quel mot utiliseriez-vous pour définir SOQUIJ? 

«SOQUIJ, pour moi, c’est l’accès au droit. Cela signifie que n’importe quel juriste peut avoir accès à l’information juridique dont il a besoin pour plaider sa cause, et pas seulement les avocats très riches, avec des grandes bibliothèques situées au centre-ville de Montréal. Tout le monde au Québec a accès à cette information-là. 

C'est sûr que l'informatisation fait en sorte qu'aujourd’hui on peut avoir plus facilement accès au droit, mais SOQUIJ est un accélérateur de ce progrès-là. SOQUIJ joue un rôle central de prendre l’information, la colliger et la redistribuer pour qu’on puisse avoir une justice plus égale.»