Depuis 1976, la Société québécoise d’information juridique (SOQUIJ) valorise la justice d’ici; mais de quoi, et surtout de qui parle-t-on? Entretien avec Me Jennifer Fafard-Marconi, la directrice générale d’Info Justice Montréal, pour découvrir les acteurs et les actrices de notre État de droit.

Quel rôle une organisation comme Info Justice joue-t-elle pour les justiciables?

«Notre rôle, les organismes communautaires, c'est de favoriser un passage humain et positif de toutes les personnes qui ont des enjeux juridiques.

Le droit est partout, le droit appartient à tout le monde, mais ce n'est pas donné à tout le monde de le maîtriser, de le comprendre et de naviguer aisément à travers une situation juridique. Les personnes se sentent souvent à côté de leur situation juridique, comme des spectateurs. Nous les aidons à reprendre le contrôle et à faire partie des discussions, puis de la solution aux problèmes qui les concernent.

Info Justice, par exemple, c’est plus de 33 000 rencontres individuelles par année, à travers les 17 régions du Québec. Nous accompagnons les justiciables dans tous les domaines de la vie courante, comme une séparation ou une problématique de bail.»

«Info Justice, c'est un endroit où les gens peuvent se sentir accueillis, écoutés, compris et soutenus.»

Comment cet accompagnement améliore-t-il l’expérience de justice?

«Info Justice, c'est un endroit où les gens peuvent se sentir accueillis, écoutés, compris et soutenus. On prend le temps de s’asseoir avec les personnes, de s’assurer qu’elles ont compris, de s’adapter à leurs profils et à leurs besoins.

C’est comme ça que les organismes communautaires parviennent à rendre la justice plus humaine, car, malheureusement, tous les acteurs de la justice n’ont pas la possibilité d’offrir ce niveau d’accompagnement, malgré les efforts en ce sens.

Puis, d’une manière plus macro, on va aussi s’assurer que les voix des justiciables soient entendues au sein de la communauté juridique et des institutions, quand il y a des décisions qui sont prises ou que des programmes sont créés.»

Info Justice est présent à travers tout le Québec.

Il y a des intervenants psychosociaux dans les équipes d’Info Justice. Pourquoi?

«La présence d’intervenants psychosociaux dans certains centres Info Justice est née d’une observation: le besoin juridique est souvent la pointe de l’iceberg et les juristes se sentent impuissants face à tout ce que le justiciable amène en consultation qui ne relève pas du juridique.

On a réalisé que travailler en collaboration avec des intervenants psychosociaux nous permettait de donner un service plus complet. Ces professionnels sont formés en gestion de crise et en gestion des émotions. Ils connaissent également plusieurs acteurs du réseau communautaire qui gravitent autour des personnes. Ils offrent ainsi un espace d’écoute, un soutien émotionnel jusque dans les visites au tribunal et des références vers d’autres ressources pour des besoins précis.

Cette collaboration multidisciplinaire aide la personne à mieux comprendre ce qui se passe. Souvent, elle arrive dans un état de stress qui diminue sa capacité à entendre l’avocate. Travailler avec une intervenante psychosociale nous permet de créer les conditions favorables pour que la personne saisisse mieux les subtilités de l’information juridique qui lui est transmise.»

«Le besoin juridique est souvent la pointe de l’iceberg.»

Comment les gens peuvent-ils bénéficier des services d’Info Justice?

«Ils ont juste à lâcher un coup de fil à Info Justice pour avoir une consultation juridique, du soutien juridique adapté à leurs besoins et leur réalité. Nos services sont gratuits et offerts par des avocats et des notaires pour la majorité des domaines de droit de la vie courante. Par exemple:

  • Séparation: garde des enfants, pension alimentaire, séparation des biens, médiation familiale, etc.
  • Logement: un soutien personnalisé en droit du logement pour les locataires et locateurs
  • Petites créances: des services pour aider les personnes à mieux comprendre les règles qui entourent les litiges aux petites créances et les processus en place comme la médiation obligatoire et l’arbitrage automatique, récemment entrés en vigueur au Québec
  • Droit notarial: successions, homologation de mandats, etc.

Le soutien offert par Info Justice peut varier d’une région à l’autre selon les besoins des communautés. Le mieux est de contacter le centre de sa région pour en savoir plus sur le soutien disponible en fonction de sa situation.

Des services visant des clientèles particulières sont également disponibles dans différentes régions pour soutenir les besoins de personnes en situation de vulnérabilité ou qui, autrement, n’ont pas accès à d’autres services juridiques.

Il y a aussi de l’intervention psychosociale disponible dans plusieurs de nos bureaux et, bientôt, nos équipes seront présentes dans plusieurs palais de justice.

Et je pourrais continuer, car cette liste n’est pas exhaustive!»

fiabilité
Le mot de Jennifer Fafard-Marconi pour définir SOQUIJ.

Si SOQUIJ disparaissait demain, quelles seraient les conséquences sur votre pratique?

«Les conséquences de la disparition de SOQUIJ un matin? Faut que je retourne en 1970 puis que je retourne au palais de justice pour avoir accès aux plumitifs?... Voilà! Je vois cela comme un gros pas en arrière.

SOQUIJ, pour moi, est un allié dans l’ombre de nos rencontres avec les personnes, en offrant les outils indispensables à notre pratique.

Chez Info Justice, les plumitifs sont vraiment un service qui est indispensable. Imaginez une personne qui vient dans nos bureaux et qui dit avoir reçu un papier de la Cour sans savoir de quoi il s’agit ou même où le trouver… En quelques clics, en regardant les plumitifs sur le Portail SOQUIJ, nous sommes capables de voir exactement où la personne est rendue dans son processus – qu’est-ce qu’il s’est passé et qu’est-ce qui va s’en venir. Nous pouvons alors lui donner une réponse efficace et juste.

L’accès gratuit que nous fournit SOQUIJ à ce service nous fait épargner beaucoup de temps et d’argent. Autrement, nous serions obligés de nous rendre dans les palais de justice et de consulter les plumitifs sur de vieux postes informatiques.

Le fait qu'on puisse avoir accès à des outils fiables et crédibles qui nous permettent d'être beaucoup plus efficaces dans notre travail, ça nous permet de nous concentrer sur la personne, sur son besoin d'être écoutée et soutenue. Parce que, à la fin de la journée, c'est ça notre plus-value.»

«Le fait qu'on puisse avoir accès à des outils fiables et crédibles qui nous permettent d'être beaucoup plus efficaces dans notre travail, ça nous permet de nous concentrer sur la personne, sur son besoin d'être écoutée et soutenue.»

Quel mot utiliseriez-vous pour définir SOQUIJ?

«Un mot qui décrit SOQUIJ – c’est sûr que j’en ai plusieurs qui se chevauchent dans ma tête!, je pourrais dire: fiabilité. Pour les praticiens, pour les juristes, c’est vraiment le socle de la pratique.

Je dis cela parce que je n’ai jamais connu une autre pratique sans SOQUIJ. Pour moi, ça a toujours été là et ça va toujours être là. C’est comme si je ne me posais pas la question: SOQUIJ existe puis elle va toujours exister.»