Le droit d’obtenir du secours lors d’un trek en haute altitude

Dans Bronsard c. Voyages Terre et Monde inc., la demanderesse avait fait affaire avec une agence de voyages pour effectuer une excursion au camp de base de l’Everest, au Népal.

Ce trek mythique, que j’ai d’ailleurs eu la chance de faire il y a quelques années, est l’un des plus populaires au monde. Il faut marcher environ 8 jours pour atteindre le camp de base, qui culmine à 5 364 mètres d’altitude. Pour éviter de souffrir du mal aigu des montagnes (MAM), dont les effets peuvent commencer à se faire ressentir dès qu’on dépasse les 3 000 mètres d’altitude, l’ascension doit être graduelle. Un médicament, le Diamox, peut aussi être pris à titre préventif ou curatif.

Au cours de la montée vers le camp de base, la demanderesse a ressenti différents symptômes liés à l’altitude, mais le guide d’expérience qui accompagnait le groupe ne les a pas jugés inquiétants. Afin d’éviter les dangers de l’automédication en situation d’altitude, laquelle peut provoquer de la panique ou une forme d’ivresse susceptible de compromettre le jugement, tous les membres du groupe lui avaient confié les médicaments contre le MAM dont ils disposaient.

Or, le matin du 2 avril 2018, après une nuit passée au camp de base, la demanderesse a ressenti une fatigue extrême, des tremblements, des vertiges, des palpitations et de la nausée. Après discussion avec le guide, un itinéraire de rechange a été préparé afin qu’elle redescende à une altitude plus sécuritaire pour elle. Un porteur népalais a été désigné pour l’accompagner pendant les 2 jours du chemin du retour. Le guide, qui devait continuer l’excursion avec les autres membres du groupe, avait donné des instructions claires au porteur pour qu’il ramène rapidement la demanderesse en deçà d’une altitude de 1 000 mètres.

Les symptômes de la demanderesse ont diminué au fur et à mesure de la descente, mais cette redescente de 2 jours a été éprouvante. Elle a eu l’impression d’être laissée à elle-même et d’avoir été abandonnée aux mains d’un porteur qui ne parlait pas sa langue. Elle n’avait pas d’argent comptant ni accès à un réseau cellulaire.

Le droit d’obtenir du secours

«Tout être humain dont la vie est en péril a droit au secours.» C’est ce que garantit l’article 2 alinéa 1 de la Charte des droits et libertés de la personne.

Invoquant ce droit, la demanderesse a intenté un recours contre l’agence de voyages et le guide. Elle leur reprochait aussi d’avoir manqué leurs obligations contractuelles. Sa réclamation totalisait 10 000 $.

Le juge a conclu que les droits fondamentaux de la demanderesse n’avaient pas été enfreints. Elle n’a pas été laissée à elle-même et sa vie n’a jamais été en péril.

Dans les circonstances, le guide a agi de la meilleure manière possible. Le porteur qu’il a désigné a correctement fait son travail en transportant le matériel de la demanderesse, en lui indiquant le chemin à suivre et en l’emmenant le plus rapidement possible à une altitude sécuritaire. La demanderesse détenait par ailleurs une carte de crédit pour subvenir à ses besoins en attendant le retour du groupe. Quant à l’absence de réseau cellulaire, le juge a noté qu’elle n’avait rien d’étonnant en pleine région de l’Everest.

La gestion des médicaments par le guide n’a pas non plus mis la demanderesse en danger, bien que la décision de les conserver avec lui puisse paraître douteuse.

Stress, angoisse et anxiété

Les publications que la demanderesse a faites sur sa page Facebook durant son trek ont aussi incité le juge à nuancer son témoignage quant au stress et à l’angoisse qu’elle prétendait avoir subis.

Le juge a toutefois conclu que l’anxiété de la demanderesse ainsi que sa capacité à gérer ses médicaments avaient été mésestimés par le guide. Le fait de ne pas les avoir eus en sa possession pour redescendre a contribué au stress qu’elle a vécu.

Le juge a retenu que l’agence avait manqué à son obligation d’assistance, mais que cette inexécution partielle ne valait pas les dommages-intérêts de 5 000 $ réclamés par la demanderesse.

Pour les 2 jours durant lesquels elle a été privée de ses médicaments, le juge lui a accordé 1 000 $.

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Références

Bronsard c. Voyages Terre et Monde inc. (C.Q., 2021-09-08), 2021 QCCQ 10646, SOQUIJ AZ-51804871, 2021EXP-2806.

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